burn-out

Risquez-vous de basculer à votre tour dans le burn-out?

Le taux d’absentéisme de longue durée atteint des records. Soumis à une pression permanente, les travailleurs craquent les uns après les autres. Comment prévenir et guérir cet état d’épuisement?

Un travailleur belge sur quatre risque un jour de souffrir d’un burn-out, d’après une enquête menée par le Groupe IDEWE, spécialisé dans la prévention et la protection au travail. La publication d’études relatives à ce syndrome ont tendance à se multiplier depuis quelques mois. Mais le constat est toujours le même: le phénomène s’aggrave dans les pays occidentaux.

En Belgique d’ailleurs, les chiffres de l’absentéisme augmentent de manière quasi constante depuis 2002 et ils n’ont jamais été aussi élevés qu’en 2012, si on en croit le rapport annuel de SD Worx. «Le sommet observé l’an dernier est principalement dû au taux record de l’absentéisme de longue durée qui n’a cessé de grimper depuis 2009». La guérison d’un burn-out prend précisément des mois. «Une population active vieillissante, la crise, la pression au travail, les circonstances de travail, la démotivation et la problématique de la carrière-citron sont des facteurs qui expliquent cette situation», souligne le rapport.

Et ce constat n’est guère étonnant : en 2011 déjà, une étude menée par Securex mettait en garde la population active belge contre le risque accru d’une augmentation des cas de burn-out. À cette époque, 61% des travailleurs se sentaient régulièrement à très souvent stressés au travail, contre 54% au début de 2010. L’intensification du stress était due selon eux à l’augmentation de

la pression au travail provoquée par la crise des dernières années. «Les mesures anti-crise de  dans le cadre desquelles les dirigeant licencient des travailleurs, les malades de longues durée ne sont pas remplacés et les travailleurs doivent assumer le travail de leurs collègues en plus du leur, ont évidemment augmenté la pression sur les performances», selon Securex.

David, informaticien, a été victime d’une telle situation. «Mon collègue a craqué et il a été absent plusieurs mois. Je me suis retrouvé seul pour faire le boulot de deux personnes. J’ai vite été dépassé par la charge de travail avec comme résultat une perte d’appétit, des insomnies et un comportement agressif avec mes proches. J’ai été à deux doigts de basculer moi-même dans le burn-out. J’ai heureusement consulté un médecin à temps.»

Objectifs irréalisables

Et nous ne somme pas sortis de l’auberge. «La dégradation économique que nous connaissons en Europe de l’Ouest implique une nouvelle manière de travailler, analyse Gilles Klass, expert en ressources humaines. Désormais, il faut fournir des résultats avec moins de support et plus de pression. C’est devenu la norme.» Et l’augmentation de la pression est souvent le résultat d’un ‘management immoral’, d’après le psychologue Jérôme Vermeulen. Cette technique consiste notamment à exiger des objectifs irréalisables afin d’être sûr d’obtenir au minimum l’objectif demandé. «Par exemple, un supérieur va demander à son équipe d’atteindre un chiffre d’affaires de 80.000 euros par semaine alors qu’en réalité, elle devrait obtenir au moins 50.000 euros.»

Une situation vécue par Virginie, responsable d’un magasin de prêt-à-porter haut de gamme. «Il fallait vendre pour 40.000 euros de marchandises chaque semaine. Mais même avec la meilleure volonté, c’était impossible. Avec la crise, les clients ont déserté nos étalages tandis que la pression du management n’a jamais cessé. Stressée dans un premier temps, j’ai ensuite évoluée vers un état de détachement et de cynisme envers les clients. Me lever le matin pour aller travailler était devenu un calvaire. J’ai dû arrêter de travailler et je n’ai plus jamais été capable de reprendre cette fonction tellement j’étais dégoûtée.»

Thierry, commercial pour un opérateur télécoms, en a également fait les frais. « Je n’ai jamais reçu les moyens, ni le support nécessaires pour atteindre les objectifs demandés. Pourtant, au début, je me suis battu, je me dépassais en cumulant les heures supplémentaires, quitte à empiéter sur ma vie privée. Malgré mes efforts, je n’ai eu droit à aucun bonus pendant trois trimestres de suite et j’ai très mal vécu cette situation. Un soir chez moi, j’ai craqué et pleuré comme un enfant. Le lendemain, je suis arrivé en réunion complètement détaché, presque en me demandant ce que je faisais là et qui étaient les gens autour de moi. Le jour suivant, j’ai été pris d’angoisses violentes et j’ai vomi de stress avant d’arriver chez un client.» Dégoûté lui aussi par son job, il n’a jamais été capable de reprendre son poste. Il a donc négocié un ‘départ volontaire’ sous forme de licenciement.

Reprise impossible?

Ces deux témoignages confirment que malgré la guérison, reprendre exactement le même travail reste parfois un acte insurmontable, mais n’est pas forcément impossible. Cela varie d’une personne à l’autre et d’une entreprise à l’autre. D’après une enquête menée par Office Team, une division de Robert Half, auprès de 200 directeurs belges en ressources humaines, 35% d’entre eux indiquent que les fonctions professionnelles ou les missions sont revues si des burn-outs surviennent.

Directrice au sein d’une société internationale active dans la finance, Fabienne a fait partie de ces travailleurs qui ont réussi à retravailler pour le même employeur. Néanmoins, elle avait demandé au préalable un changement de poste qui lui a été accordé. «J’ai eu de la chance car j’exerce désormais une fonction avec un peu moins de responsabilités tout en ayant pu conserver exactement le même salaire», dit-elle.

À ce propos, «un employeur ne peut pas changer la fonction d’un travailleur de manière unilatérale, et ce même s’il occupe un poste à responsabilités», prévient Iris Tolpe, expert chez Securex. La fonction du travailleur est en effet un élément essentiel du contrat de travail. Pour la modifier, l’accord des deux parties est requis.» Il en va de même pour toute décision relative à la rémunération ou à l’horaire de travail. «S’il sont modifiés sans son accord, l’employé peut invoquer une rupture implicite de son contrat de travail. Nous conseillons par conséquent d’acter toutes les décisions d’aménagement d’une fonction dans un avenant au contrat de travail». Ces aménagements peuvent être temporaires ou définitifs, selon Lies Planckaert, Legal Expert HDP-Partena.

Mieux vaut prévenir

L’enquête d’Office Team a aussi mis en évidence qu’au moins un tiers des entreprises font appel à des collaborateurs extérieurs, introduisent des horaires flexibles ou encore le télétravail pour mieux gérer les conséquences du burn-out. En revanche, une entreprise sur cinq ne prend aucune mesure pour s’attaquer à ce problème sur le lieu de travail. Mais cela devrait changer rapidement: une réforme de la loi sur le harcèlement au travail, à l’initiative de Monica De Coninck, est en cours. « Elle devrait entrer en vigueur avant l’été», selon Benjamin Scandella, porte-parole de la ministre de L’Emploi. Cette réforme consiste à élargir le champ d’application de la loi à tous les problèmes psychosociaux du monde de travail (stress, conflits personnels, tensions relationnelles graves, mauvaise ambiance, suicide et burn-out) en prévoyant la mise en place d’une politique de prévention au sein des entreprises.

À ce sujet, Galilei, une division de Randstad, a récemment lancé un test de prévention du burn-out, développé par l’Université Catholique De Louvain. Il peut être effectué soit à la demande d’un employé, soit à la demande d’un manager qui détecte du surmenage. «Ce test consiste à analyser les sources de tension ou de bien-être dans la vie professionnelle et privée d’un employé afin de dresser un tableau de bord de sa situation, explique Jean-Philippe Mulders de Galilei. Sur cette base, il pilotera sa vie et prendra les mesures qui s’imposent pour accentuer son bien-être et réduire son stress.»

…que guérir

En tous cas, dès les premiers signaux d’alerte, « il faut se préoccuper de la situation le plus rapidement possible, s’interroger sur les raisons qui peuvent conduire à ce mal-être dans le travail, et éviter que la situation ne s’aggrave», conseille Dominique Rulkin, psychologue du travail. En cas d’arrêt de travail, il est indispensable de se faire accompagner d’un médecin et d’un psychologue «car le sentiment d’échec est dominant et une aide pour retrouver l’estime de soi, la confiance en soi, en autrui, et renouer avec le sens du travail, est plus que nécessaire. »

Le burn-out

Psychologue du travail, Dominique Rulkin définit le burn-out comme un état d’épuisement progressif des ressources physiques, mentales et émotionnelles. Il est le résultat d’un stress chronique dans le travail, sans que la tension chez la personne ne puisse véritablement se relâcher.

Il se caractérise entre autre par une absence quasi-totale d’énergie, une fatigue quasi permanente, des pertes de mémoire, des problèmes de concentration, de l’irritabilité, de la susceptibilité, des insomnies et des douleurs physiques comme des maux de têtes ou un blocage du dos.

S’en suit une étape de déshumanisation où la personne se désintéresse de plus en plus des autres et de leurs problèmes éventuels: elle devient froide, distante, méfiante voire cynique à l’égard d’autrui.

Enfin, elle se met à douter d’elle-même et de ses capacités. Elle se dévalorise, se culpabilise et se démotive. À ce stade, le risque de développer conjointement une dépression est majeur et la personne peut en arriver à une perte de sens complète et à un dégoût pour son travail.

Attention, le terme burn-out est devenu une notion «fourre-tout» et le terme est régulièrement utilisé à mauvais escient. Par exemple, pour désigner une fatigue ou une insatisfaction passagère. Or, il s’agit bien d’une réalité qui peut s’observer sur le plan psychologique: des modifications au niveau de la structure du cerveau chez des personnes présentant un burn-out ont d’ailleurs été mises en évidence.

Cette problématique nécessite donc une prise en charge spécifique.

 

Source :  L’écho – 27/04/2013